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Epilogue
Premières impressions
De retour dans ma chambre, mon compagnon m’attend avec Camille endormie dans ses bras. Nous pouvons enfin discuter de ces heures qui nous ont paru interminables. Il me raconte avoir entendu le bébé crier dans la salle d’opération. Puis, une sage-femme est venu le chercher et c’est là qu’il a pu découvrir Camille, installée dans une couveuse. Auprès de qui il est resté deux heures avant de revenir dans la chambre. Il me raconte aussi avoir eu très peur pour moi. Je le rassure en lui expliquant que tout s’est bien passé, que ce soit au bloc ou en salle de réveil. Puis nous parlons de Camille et rions de nos têtes stupéfaites au premier abord devant sa tête toute blonde. J’avais juste oublié un détail : du côté de ma belle-mère, ils sont tous roux ! Et Camille a visiblement hérité de ces gènes.
Miam-miam
Le papa m’annonce qu’il a déjà appelé tout le monde. Et que mes parents et les siens arrivent. Il faut donc qu’on profite de ces moments à trois. Mais nous n’en avons pas le temps. Une sage-femme arrive et me propose de débuter l’allaitement. Elle m’explique comment tenir le bébé « à l’horizontale, il faut faire bien attention que toute l’aréole du mamelon soit dans la bouche du bébé, sinon vous aurez des crevasses ». Mais à notre grande surprise, et même celle de la sage-femme, Camille comprend tout de suite comment il faut faire et se met à téter tranquillement. C’est normal, c’est ma fille, me dis-je toute fière… Et en plus, elle ne me fait même pas mal aux seins. Je ne ressens même rien de particulier. Au bout de quelques minutes, la petite se rendort t nous la posons dans son berceau.
Je me sens tout de même un peu bizarre. Encore un peu sonnée par l’anesthésie, j’ai du mal à réaliser. Tout s’est passé si vite, et pas du tout comme je l’aurais imaginé. Pas d’accouchement par voie basse en compagnie du papa, pas de première tétée juste après la naissance, pas de découverte du bébé tous les deux. Je voulais avoir un peu d’émotion, c’est raté ! Les deux heures que nous avons passé séparés, moi en salle de réveil, et le papa auprès de la couveuse, ont rompu la magie. Chacun a vécu son émotion dans son coin, et maintenant c’est trop tard… Je me sens nostalgique de ce que je n’ai pas pu vivre. Mais heureusement, on frappe à la porte, et ça m’oblige à me sortir de mes pensées tristounes.
Family party !
C’est ma maman, première arrivée sur les lieux. Toute émue, elle s’approche du berceau, murmurant « Ma petite puce », les larmes aux yeux. Mon compagnon lui dévoile « la surprise » : les jolis cheveux blonds de Camille ! Cinq minutes plus tard, mes beaux-parents, suivis de mon père débarquent à leur tour. L’émotion est dans l’air, vite remplacée par les discussions autour du bébé et de ses cheveux, qui intriguent beaucoup de monde, jusqu’aux aides-soignantes ! Le temps passe vite et à 20 heures, tout le monde repart. Mon compagnon est fatigué et ne souhaite pas rester avec nous. Encore une déception pour moi, qui aurait voulu partager tous les moments à la clinique avec lui, d’autant plus que j’ai besoin de sa présence. Pour moi, la naissance est un moment privilégié et les considérations individuelles n’ont pas à prendre le dessus ! Mais j’avale ma couleuvre et je me tais…
Vivement demain… quoique !
Le soir venu, une sage-femme me demande si je souhaite mettre le bébé à la nurserie. Non, je veux la garder près de moi autant que possible. Mais si elle ne fait que dormir, ce n’est pas mon cas. Dérangée par les bruits de pas dans le couloir, la cicatrice de la césarienne qui m’oblige à certaines positions parfois inconfortables et surtout par l’inquiétude constante des jeunes parents, à savoir, vérifier sans cesse que le bébé respire bien, je n’arrive pas à fermer l’œil. C’est donc avec soulagement que je vois le jour se lever le lendemain matin. Pourtant, mon répit sera de courte durée. Et marque le début des ennuis. L’allaitement, même s’il se passe très bien, est compliqué pour moi car cela m’oblige à tirer sur ma cicatrice en prenant le bébé dans le berceau. Et je ne veux pas appeler les aides-soignantes pour m’aider. Je ne peux pas bouger de mon lit : j’ai une sonde urinaire ainsi qu’une perfusion de ferritine car, comme je vais l’apprendre par ma gynécologue, j’ai perdu près d’un litre de sang. Je prends donc mon mal en patience. Mon compagnon arrive vers les 10 heures. Je suis encore déçue car je trouve qu’il ne s’implique pas assez dans cette naissance. Pour moi, un papa devrait accourir dès qu’il est réveillé ! Mais non, il a pris en charge l’intendance de la maison : cadeaux, courses, machines… comme si cela ne pouvait pas attendre ! L’incompréhension s’installe entre nous. On est vraiment loin de ce que j’avais imaginé. Un bébé ne révolutionne pas tout d’un coup de baguette magique. Ce qui me console un peu, ce sont les nombreux coups de fils et les quelques visites que je reçois. C’est Pâques et mes beaux-parents et parents ont la possibilité de se relayer à mon chevet. Clouée au lit pour l’instant à cause de la césarienne, je ne peux pas m’occuper de Camille toute seule. Son papa et ses grands-parents prennent les choses en main. D’autant que la deuxième nuit passée aux côtés de la petite a été éprouvante. Contrairement aux premières heures qui ont suivi sa naissance, elle a pleuré une grande partie de la nuit. Malgré mes efforts et ceux des sages-femmes, rien ne semble l’apaiser. Heureusement, cette fois, mon compagnon accepte de rester avec nous. Et c’est finalement sur ses genoux à lui que Camille finira par s’endormir, vers les deux heures du matin. Ce qui me permet de me reposer un peu. Aux alentours de 5 heures, il m’abandonne de nouveau, pour aller dormir un peu.
Post-partum…
Je veux faire face et donner l’image d’une maman épanouie. J’ai demandé à ma sœur de m’apporter une trousse de maquillage pour recevoir les visiteurs décemment. J’avais peur, avant l’accouchement, que les visites se prolongent et ne pas avoir une minute à moi. Mais je suis ravie d’avoir des échanges, ils me consolent un peu. Car la fatigue et la frustration me rattrapent. La douleur de la cicatrice s’est réveillée, et même sous antalgiques, je ne peux me mouvoir comme je le souhaite. Me lever et marcher pour atteindre la salle de bains est une épreuve de force. Je suis pliée en deux et je dois me tenir au mur ou à quelqu’un pour avancer. Je ne peux évidemment pas m’occuper de mon bébé. La montée de lait a eu lieu, mes seins sont engorgés et me font horriblement mal. J’ai des chutes de tension. Et si les visites ne sont pas trop contraignantes, je dois faire face au ballet des gynécologues, aides-soignants, sages-femmes, auxiliaires de puériculture et pédiatre. Je dois trouver le moment propice pour prendre une douche tant les matinées sont remplies. Et chaque médecin me donne une version différente de celui que j’ai vu la veille. Evidemment, la fatigue prend le dessus et je craque. Tous les matins, je pleure. Heureusement le bébé dort, de nouveau, en permanence. Ce qui est parfois d’autant plus difficile à vivre, puisque je n’ai que les moments où je l’allaite, finalement, pour tisser un lien…
Je n’en parle pas à mon compagnon, mais je m’organise. Je laisse la petite à la nurserie les nuits de manière à pouvoir me reposer. Et même si je manque de sommeil, j’arrive à la fin de mon séjour, à reprendre le dessus. J’arrive à faire quelques pas sans trop souffrir, le kinésithérapeute m’encourage même à me promener dans les couloirs en poussant le berceau. J’ai repris une alimentation normale. Mes seins me font moins mal. Et je peux enfin, commencer à tisser le lien avec mon bébé. Le sixième, jour, je fais enfin mes bagages. C’est le début d’une nouvelle vie…
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