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© Top-Bébé
Mois 3
Canapé et lit, mes meilleurs amis…
Du repos, du repos et rien que du repos ! Pour quelqu’un toujours en mouvement comme je le suis, la position « allongée sur le canapé » ne me convient vraiment pas. Mais puisque je ne peux pas faire autrement et que c’est pour le cachou, je me raisonne… Et je prends mon mal en patience. Parlons-en de la patience justement… Moi, la superactive, me voilà condamnée à chercher comment m’occuper tout en restant allongée… Si les deux premiers jours passent tranquillement, comme si j’étais en vacances, ponctués même par une belle surprise sous forme d’un superbe bouquet de fleurs, cadeau de mes collègues qui me manifestent ainsi leur soutien, les trois jours suivants vont commencer à me faire paniquer... Il faut dire que pour m’occuper, je me suis attaquée aux programmes télé de l’après-midi… Mais après deux épisodes des Feux de l’amour en fond sonore, j’ai comme des envies de me pendre… C’est à croire que ces gens sont voués à accumuler les problèmes… Et j’ai vraiment besoin d’autre chose en ce moment pour passer le temps. Je tente également les documentaires sur France 5, déjà beaucoup plus motivants, mais la fatigue aidant, j’ai du mal à rester concentrée. Je me décide donc à ressortir mes « vieux classiques » et me plonge d’entrée dans la Matrice, pour les beaux yeux de Néo. Mais si mes premières heures en tant que cinéphile acharnée me permettent de ne penser à rien, les questions lancinantes que je voudrais faire taire repointent rapidement le bout de leur nez : et si le décollement de mon placenta ne se résorbait pas ? Si la vie du bébé était en danger et qu’une autre fausse couche se produisait ? L’angoisse… Merci Les Feux de l’Amour ! Je suis sûre que leurs histoires plus terribles les unes que les autres ont fini par déteindre sur moi ! Et dire que je n’ai fait que laisser la télé allumée… Trêve de plaisanterie, je me vois très mal en passer par là une deuxième fois, la première fausse couche ayant été très difficile à surmonter… un vrai cauchemar. Heureusement, une petite voix (Néo et son positivisme sûrement) me dit de garder espoir, que ce n’est qu’un accident de parcours et que le bébé va bien… Je continue donc mon marathon cinématographique, mais au bout d’une semaine, je commence à déprimer. Le temps est long. Vraiment trop long. À croire que c’est moi qui suis maintenant coincée dans la Matrice… Et dire qu’il me reste encore deux semaines à tenir, avec pour toute activité autorisée : mes déplacements quotidiens lit – toilettes – salle de bains – canapé – Il faut reconnaître que ça change du métro-boulot-dodo !, mais très vite, ceux-ci me manquent et je me lasse de ceux-là. Je commence à connaître chaque recoin de ma maison et la solitude me pèse. Encore quelques jours comme ça et je sens que je vais parler toute seule. D’autant que mon compagnon travaille. Du coup, même nos sujets de conversations commencent à se tarir. Il faut dire aussi qu’il n’est pas toujours super motivé pour m’entendre raconter le dernier « Ca se discute » en date ! Pourtant, je continue à me convaincre de n’avertir personne de cette grossesse et de cet arrêt. Une annonce trop précoce la fois dernière m’a suffi ! Annoncer un bébé à venir pour ensuite faire une contre-annonce… Pas deux fois de suite ! Je voudrais attendre la fin des deux semaines et l’échographie des 12 semaines pour pouvoir partager la grande nouvelle.
Les bonnes comme les mauvaises nouvelles se partagent… même si ce n’est pas toujours comme on le souhaiterait !!
Mais rapidement, mentir à ma famille et ma belle-famille devient difficile… et me culpabilise. Je décide donc de dire à ma mère que je suis en arrêt maladie, sans lui préciser le motif, et lui demande de venir me voir avec ma petite sœur. Mais, ma mère, comme toutes les mères, doit avoir un sixième sens et lorsqu’elle me demande pourquoi je suis en arrêt, je sens bien qu’elle a un doute. Et je me sens soudain toute petite face à ma maman. Plus moyen donc de faire autrement : je crache le morceau. La joie se lit sur son visage, elle qui sait combien cela a été difficile pour moi quand la première grossesse a été arrêtée ! Ma sœur aussi, qui se voit déjà en tata attentionnée, pouponnant le bébé. Je tempère leur enthousiasme : « On ne sait pas encore si ça va tenir. Je passe une écho dans à peine deux semaines. » C’est difficile pour moi de dire cela, mais je ne préfère pas les voir se réjouir trop vite, même si quelque part, entendre des propos positifs me fait le plus grand bien… Mon compagnon a lui aussi pris les choses en main et invité ses parents à boire le café. C’est lui qui leur annonce la nouvelle. Il se lance : « Voilà, si on vous a demandé de venir, c’est pour vous dire que Virginie est arrêtée. Elle est enceinte et elle a un décollement du placenta ». Fidèles à eux-mêmes, mes beaux-parents restent calmes. Et pragmatiques. Ils me demandent d’expliquer ce que c’est et la suite des évènements. D’un seul coup, je me sens moins seule. Si Morpheus n’est pas là pour m’extraire de la Matrice, ma famille, elle, l’est !
Et grâce à ces confessions intra-familiales, mon emploi du temps va soudain prendre des allures de ministre ! Ma mère et ma belle-mère se relaient auprès de moi. Tandis que la première s’attaque aux piles de repassage, la seconde prend les courses en charge. Toutes les deux, par leurs petites attentions, sont d’un grand soutien moral. Je tiens cependant à en rester là et ne pas élargir « le cercle des initiés ». C’est dur, mais je sens que pour l’’instant, c’est mieux. Aussi, lorsque nous sommes invités, avec mon compagnon, à une grande fête en plein air pour les cinquante ans d’un ami, je me fais porter pâle en prétextant que je travaille ce week-end là… Excuse tout à fait plausible au vu de mon travail et des « astreintes » que j’effectue régulièrement le week-end au journal. Et puis, ma moitié y sera, elle ! Même s’il m’annonce en rentrant qu’il n’a pu s’empêcher de tout raconter à son frère. Allez, c’est la famille, c’est légitime. Je prends tout ça calmement… jusqu’au moment où je découvre, quelques jours plus tard que, l’alcool aidant, il a également confié son « secret » à de parfaits inconnus (en leur faisant promettre, bien sûr, de ne rien révéler à personne !). Chéri, je t’aime quand même…
Ratatouille et moi, ça fait deux…
Même si le temps me paraît parfois interminable, ce repos forcé, je dois l’admettre, a quand même du bon. Surtout lorsque les premiers signes caractéristiques de la grossesse se font sentir. Et en particulier, les nausées ! Toutes les odeurs sont amplifiées, notamment celle du café, même moulu et dans sa boîte ! Plus moyen d’en avaler une goutte. Mais le pire, c’est que je n’ai pas faim. Mais alors pas du tout. Moi qui suis d’ordinaire gourmande, je me force à finir mon assiette, avec beaucoup de difficultés. En lorgnant autour de moi en me demandant quelle échappatoire je pourrais trouver à ces repas qui n’en finissent pas. Ce qui ne fait que renforcer mon angoisse à propos de l’embryon. Va-t-il bien se développer si je n’ai rien avalé ? D’autant plus qu’aux nausées s’ajoutent rapidement les vomissements. Ironiquement, ce nouveau symptôme me donne la porte de sortie tant recherchée : les toilettes ! Très vite, je ressens des différences lorsque je mange. Certains aliments ne passent plus du tout. Moi qui m’efforce de manger des légumes et des fruits de saison, je ne supporte même plus la vue des ingrédients d’une bonne ratatouille, pourtant préparée avec amour par mon chéri ! Je me force donc, en me répétant que c’est plein de vitamines… mais lorsque j’arrive à finir mon assiette, au bout d’une bonne demi-heure, je peux être sûre que tout se terminera dans la cuvette des toilettes, au terme d’une course effrénée… Course qui ne fait qu’accentuer « la fatigue du premier trimestre » dit mon cher docteur… Moi, le nez plongée dans mes magazines, je me demande surtout pourquoi j’ai l’impression que je pourrais dormir toute la journée alors que les stars, elles, vont de cours de yoga en tournages de films, en passant par des rendez-vous « entre copines » dans des super restos ! Mais, je dois reconnaître avec tout ça que j’ai fini par trouver un point positif à mon arrêt de travail : je peux dormir quand je veux…
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