Mois 9, partie 2
Allo, maman, bobo…
Je commence à avoir bien mal ! Il est 11 h et je ne suis dilatée qu’à 4 cm… autant dire que 2 cm en 6 heures me ravit ! Malgré tout, je vais pouvoir enfin passer sous péridurale. Il n’y a donc plus qu’à attendre l’anesthésiste, qui va d’abord me poser quelques questions d’usage avant de m’expliquer comment faire le dos rond. Plus facile à dire qu’à faire, cette histoire ! Faire le dos rond quand son bidon prend toute la place sur l’avant… hummm… D’autant qu’accomplir cette mission lorsque les contractions sont de plus en plus douloureuses, c’est tout un art. Je n’arrive même plus à poser ma respiration, malgré l’aide de la sage-femme qui m’encourage.
J’attends quelques minutes les bienfaits de la fameuse « péri » mais rien ne vient. J’arrive à repérer l’arrivée d’une contraction et j’essaie de respirer correctement pour tenter de soulager la douleur, mais en vain. Et à chaque contraction, je perds de plus en plus de sang. J’appuie alors sur le bouton « SOS » et les sages-femmes, sitôt arrivées, alertent la gynéco. A peine arrivée, elle me fait une échographie et là, je sens que les choses vont commencer à prendre une allure toute différente de ce que j’avais imaginé. « Votre placenta s’est décollé. Ne vous inquiétez pas, votre bébé va très bien. On va tout faire pour vous faire accoucher par voie basse, mais vous n’êtes qu’à 4 cm de dilatation. Il reste six heures, en gros, et si vous continuez à saigner cela peut être dangereux. On devra peut-être en passer par une césarienne. On va essayer de vous placer assise afin de comprimer le placenta avec la tête du bébé. Je reviens tout à l’heure » m’annonce-t-elle avant de disparaître à nouveau.
Changement de programme…
La gynécologue partie, les sages-femmes m’installent en position assise avant de voguer vers d’autres parturientes. Mais subitement, je me sens faible, j’ai des nausées. J’alerte mon compagnon. Ce dernier pâlit mais n’hésite pas : il actionne le bouton d’appel. Revoilà les sages-femmes, à qui il explique la situation. Et voilà qu’après avoir eu tant de mal à m’asseoir, elles m’allongent de nouveau. Ma tension a chuté à 9, m’indiquent-elles. « Et le rythme cardiaque du bébé a ralenti ». Si jusque-là j’étais à peu près sereine, là, je commence à m’inquiéter, même si le brouillard dans lequel je me trouve me permet de ne pas paniquer. Je sens également que tout le monde dans la salle est tendu. La gynécologue, alertée, finit par prendre « LA » décision. « On n’a pas le choix, me dit-elle. On va devoir faire une césarienne. C’est trop risqué. Vous seriez à 8 cm de dilatation, on pourrait attendre, mais là cela va devenir dangereux pour vous, puis pour le bébé ».
Je regarde mon compagnon, qui n’est pas du tout enchanté que j’en passe par là. Mais on n’a pas beaucoup le choix. « Vous êtes d’accord ? » me demande la gynécologue. « Oui, je suis d’accord. » « Vous êtes sûre ? ». Voilà qu’elle insiste. Mais raisonnablement parlant, si j’ai bien tout compris, j’ai tout intérêt à être d’accord. « Bon, je rappelle l’anesthésiste », conclut-elle avant de repartir, accompagnée des sages-femmes.
Je reste avec le futur papa, qui est un peu pâle. Je tente de le raisonner : « On n’a pas le choix, tu vois bien ». J’essaye même de me convaincre que ce n’est pas si mal. Une fois que l’anesthésie aura fait son effet, j’arrêterai de souffrir et je verrai rapidement mon bébé.
Les cinq minutes qui suivent passent très vite. L’anesthésiste appelé en urgence me redemande de m’asseoir et me pose la perfusion. Dès son départ, les sages-femmes me rasent le pubis. « On y va » me disent-elles. Je dis au revoir au papa avec le sourire, pour tenter de le rassurer. Mais je vois bien qu’il est inquiet. Et je n’en mène quand même pas large.
Camille, ma princesse
Arrivée au bloc, l’effet de l’anesthésie se fait sentir et j’ai une grosse envie de dormir. Mais je sais que je ne pourrai voir le bébé que cinq minutes donc je lutte. Je demande à ma gynécologue de m’expliquer les gestes qu’elle fait, afin que je ne m’endorme pas. J’essaie de tourner la tête, pour lutter contre le sommeil. J’en tends un gargouillis puis à peine deux minutes après, des cris perçants. « Votre bébé est né, Madame ! » J’ai l’impression d’être dans un rêve tant je suis shootée. Tout se passe si vite… je ne réalise pas. « Tout va bien, Madame. Le bébé fait 2,590 kilos et 47 cm. On vous l’apporte ! » Sur le côté, je vois arriver une infirmière avec le bébé dans les bras. « C’est une jolie blonde, Madame ! » Une jolie blonde ? Alors que je suis brune et son papa aussi ? Les mystères de la génétique sans doute... Mais pas le temps de me questionner, je tiens enfin mon bébé dans mes bras, tout petit, enveloppé dans des feuilles de chirurgie bleues. Je l’embrasse, la serre contre moi. Je suis émue, mais trop anesthésiée pour pleurer. Et je ne réalise pas. A peine deux minutes plus tard, l’infirmière revient. « Le bébé va aller avec son papa en couveuse. Vous allez rester en salle de réveil pendant deux heures ».
Très pragmatique, je me dis que je dois mettre ce temps à profit pour dormir car je ne vais pas pouvoir me reposer. Je monte en salle de réveil, mais les effets de l’anesthésie se dissipent. Impossible de dormir, d’autant que la salle est bondée. Et quelques réveils sont très agités, avec des colères, des insultes, des patients qui veulent arracher leurs perfusions. Au bout de trois heures, je remonte finalement dans la chambre. Et je découvre le « jeune » papa, tout fier, avec Camille dans ses bras, en train de m’attendre patiemment sur une chaise. Nous voilà enfin réunis…
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